Le self-leadership, ça marche aussi en Chine ?
Jean-Yves Mercier

Le self-leadership, ça marche aussi en Chine ?

Jean-Yves Mercier

On imagine souvent le self-leadership comme une idée très occidentale : se connaître soi-même, écouter ses motivations profondes, choisir sa propre voie plutôt que de suivre celle qu'on attend de nous. Alors quand le Self-Leadership Lab a déployé le programme Self-Leadership de l'Université de Genève auprès des cadres d'une grande banque chinoise, une question planait : et si tout cela ne « parlait » qu'à une certaine culture ?

La réponse tient dans les retours des participants. Et elle est sans ambiguïté : non seulement le self-leadership voyage, mais il touche, parfois là où on ne l'attend pas.

« J'ai enfin compris qui j'étais — et où je voulais aller »

Le premier réflexe des participants n'a pas été de parler de techniques ou de modèles. Il a été de parler d'eux-mêmes, avec une clarté nouvelle.

« Cette formation m'a permis d'approfondir de manière significative la compréhension de moi-même », nous confie l'un des cadres. « J'ai identifié avec davantage de précision mes caractéristiques personnelles et mes points forts. Cela a clarifié mon positionnement professionnel et m'a apporté des orientations précieuses pour l'avenir. »

Une autre participante décrit le même mouvement, mais en va plus loin : « Ma perception de moi-même est devenue progressivement plus claire et plus structurée. J'ai mieux compris mes rôles, mes compétences clés, mes limites, mes comportements préférentiels et les motivations profondes qui orientent mes choix. » Puis cette phrase, qui résume tout l'enjeu du leadership de soi : « Le plus important, c'est que la formation m'a encouragée à décider d'opérer certains changements pour devenir une meilleure version de moi-même. Et aujourd'hui, ces changements sont déjà en cours. »

C'est là toute la différence entre comprendre et transformer. Le self-leadership ne s'arrête pas à la prise de conscience : il déclenche la décision, puis le mouvement.

La surprise : ce qui compte vraiment n'est pas toujours au bureau

C'est le retour le plus inattendu — et le plus émouvant. Invitée à analyser ses traits de personnalité et à relire son parcours, l'une des participantes ne s'est pas arrêtée à sa carrière. Elle a redécouvert une source de force ailleurs :

« Mon principal enseignement a été de renforcer ma conviction quant au lien unique d'interdépendance et de croissance mutuelle au sein de la relation parent-enfant. Cette relation représente pour moi une source puissante de force intérieure, qui me permet d'affronter sereinement les défis de la vie. J'ai compris qu'elle devait occuper la première place dans mes projets de développement futurs. »

Voilà ce que le self-leadership a de profondément universel. Il ne formate pas les gens vers un idéal de performance ; il les aide à nommer ce qui les fait tenir debout. Pour certains, c'est l'ambition. Pour cette participante, c'était d'abord une relation familiale — et le programme lui a donné la légitimité de la placer au cœur de son projet de vie.

Le même parcours l'a aussi menée à un choix professionnel assumé : « J'ai pris conscience que l'ouverture d'esprit, la tolérance, la confiance en soi et l'indépendance étaient mes atouts majeurs. J'ai choisi de faire du rôle de "leader" mon objectif et mon positionnement. » De l'introspection à la décision : exactement la trajectoire que le programme cherche à provoquer.

Pourquoi ces retours sonnent justes

Ce qui frappe dans ces témoignages, c'est qu'aucun ne ressemble à une formule toute faite. Pas de « super formation, très enrichissante » impersonnel. Chacun raconte un changement précis, vécu, daté. Une décision prise. Une force redécouverte. Un positionnement choisi.

C'est aussi ce qui rend le programme efficace, et les participants l'ont parfaitement formulé eux-mêmes. « La réussite de cette formation repose avant tout sur l'honnêteté envers soi-même et l'attention portée aux autres », explique l'une d'elles. Le dispositif — apprentissage théorique, entretiens en binôme, discussions de groupe, puis rédaction d'un rapport personnel — fonctionne précisément parce qu'il alterne le miroir intérieur et le regard des pairs. « En s'appuyant à la fois sur sa propre expérience et sur les partages des autres, chacun peut mieux se connaître, découvrir ce qui le rend unique, et trouver sa propre voie. »

L'accompagnement compte aussi. Plusieurs participants ont tenu à remercier nommément leur coach, Lirong Ren, qui a coordonné le parcours étape par étape. Un signe qui ne trompe pas : quand on se souvient du nom de la personne qui vous a accompagné, c'est que l'accompagnement a été réel.

Ce que la Chine nous rappelle

Des cadres considérés comme des talents, une banque, un programme né à Genève. Et au bout du compte, des mots qui pourraient avoir été prononcés à Zurich, São Paulo ou Singapour. Le besoin de se comprendre, de clarifier ses forces, de choisir sa direction plutôt que de la subir — ce besoin n'a pas de passeport.

Le self-leadership, ça marche aussi en Chine. Parce qu'au fond, il ne demande à personne de devenir quelqu'un d'autre. Il offre simplement à chacun les moyens de devenir, pleinement, soi-même.

Le programme Self-Leadership de l'Université de Genève est proposé par le Self-Leadership Lab. La coordination pour la Chine est assurée par Lirong Ren, coach et diplômée de l'EMBA de l'Université de Genève. Les témoignages ont été anonymisés à la demande des participants.

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